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DOOM DREY CIRCLE
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Chapitre 1 – Le Pauvre
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CHAPITRE 1:LE PAUVRE

 

Je n’étais qu’un enfant qui ne se souciait pas de grand-chose. La vie était ordinaire et j’étais satisfait de ce quotidien auprès de mes parents. C’étaient des gens honnêtes et toujours heureux. Mon père, un fonctionnaire, me racontait souvent sa vie passée dans la capitale, à Calderon. Ma mère, quant à elle, était une femme magnifique qui ne vivait que pour satisfaire ses « deux amours », comme elle aimait nous appeler. En bref, une vie paisible, dans une petite campagne loin du bruit.

 

Un soir, alors que j’étais parti me promener, je rentrais tranquillement chez moi. Je remarquai que le ciel s’était obscurci ; c’était étrange dans une contrée d’ordinaire si lumineuse, mais je n’y prêtai pas attention. En arrivant devant la maison, le silence régnait. Une atmosphère extrêmement rare. D’habitude, je rentrais en entendant ma mère se plaindre que je m’étais encore trop éloigné, ou mon père la taquiner pour le prochain repas. Mais cette fois-ci, il n’y avait qu’un grand silence de mort. Couplé à la lourdeur du ciel, rien ne me rassurait. Je décidai d’entrer et de signaler ma présence :

 

— Père… Mère… Je suis rentré… Où êtes-vous ?

 

Rien. Toujours ce même silence. La maison était sombre, aucune lanterne n’était allumée. Mon inquiétude commença à se transformer en angoisse, puis en peur. Au bout de quelques minutes à scruter les ténèbres à la recherche d’une présence, j’entendis un bruit à l’étage. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Je devais aller vérifier. Mon esprit me criait de fuir, mais en cet instant, la peur qu’il soit arrivé quelque chose à mes parents l’emporta.

 

En gravissant les marches, j’arrivai dans le couloir qui menait aux chambres. Je m’approchai doucement de celle de mes parents, le cœur battant à tout rompre. Dès que j’eus atteint la porte, je la poussai lentement… et l’horreur me saisit. Une scène macabre, impensable.

 

Mon père était attaché sur une chaise, des clous enfoncés dans ses yeux et dans sa tête. En m’approchant, tremblant, je remarquai des insectes qui lui sortaient de la bouche. J’étais terrifié. Son sang s’était répandu partout autour de la chaise, maculant le sol. L’expression figée sur son visage était une agonie pure, et je compris vite pourquoi : de l’autre côté de la pièce, la femme que je considérais comme la plus belle au monde était suspendue contre le mur, crucifiée par des clous, le visage défiguré par d’horribles lacérations.

 

Mon cœur rata un battement. La peur, la tristesse, le choc, tout se bouscula dans ma tête. Pris d’une nausée violente face à cette scène affreuse, je vomis, tandis que les larmes inondaient mon visage. Je n’arrivais pas à y croire. C’était impossible. C’étaient des gens ordinaires… Pourquoi eux ? Pourquoi ainsi ?

 

Pendant que le chagrin m’envahissait, le bruit de pas lourds résonna dans la chambre. Je me retournai brusquement. Un homme grand et balafré venait d’entrer. Il arborait un large tatouage de dragon sur le cou et tenait une faucille à la main. En me voyant, il resta d’un calme serein, comme si le carnage autour de lui était la chose la plus naturelle du monde.

 

— T’es qui toi, hein ? lancé-je, la voix tremblante mais chargée de rage. C’est vous… c’est vous qui avez fait ça à mes parents ?

 

L’homme me fixa, puis esquissa un sourire cruel :

 

— Oh, c’était tes parents ? Désolé, gamin, mais oui, c’est bien moi qui les ai tués.

 

Il venait de prononcer les mots que je redoutais le plus. Ils étaient morts, dans d’immenses souffrances. À peine eus-je assimilé l’information que la colère prit totalement possession de moi. Hurlant de rage, je me ruai sur lui. Mais à peine avais-je bondi qu’il me saisit au vol et me projeta violemment au sol. Le choc fut si puissant que je faillis perdre connaissance. Sans me laisser le temps de respirer, l’homme se mit à me ruer de coups violents. Je n’arrivais pas à riposter. Il était là, au-dessus de moi, le sourire aux lèvres, face à mon impuissance totale.

 

Après ce qui me sembla être des heures, brisé par la douleur, je ne pouvais plus bouger. L’homme s’arrêta enfin, visiblement lassé, et s’apprêta à partir :

 

— Bon, c’est plus amusant. Écoute gamin, mon boss m’avait juste demandé d’éliminer tes parents. On ne m’a pas parlé d’un gosse, alors je te laisse la vie sauve.

 

Je ne pus même pas répondre. L’homme s’en alla, m’abandonnant au milieu des cadavres de mes proches. Les larmes coulaient sans que je puisse les arrêter, le corps fracassé et l’esprit détruit par mon impuissance.

 

Je restai bloqué dans la maison pendant deux jours, terrassé par la douleur physique et mentale. Puis, puisant dans mes dernières forces, je réussis à me lever pour me préparer. Je ne devais pas mourir. Depuis cette nuit, quelque chose s’était éveillé au fond de mes tripes : un feu noir qu’on appelait la vengeance. Je devais retrouver cet homme et le lui faire payer.

 

Le lendemain, je bouclai mes affaires et passai une dernière fois saluer mes parents. Leurs corps gisaient toujours là, dans le silence, et les asticots commençaient déjà à les grignoter. Je gravai cette image d’horreur dans ma mémoire, puis je mis le feu à la maison, brûlant entièrement notre foyer pour enterrer cette nuit maudite et permettre à leurs âmes de s’en retourner en paix.

 

Après cet épisode, je me mis en route sans but précis. Chaque jour, je traversais de nouveaux horizons. Les premiers temps furent simples, mais plus j’avançais, plus les provisions manquaient. J’arrivais parfois dans des villages où je dénichais de petits boulots misérables, mal payés. Pour survivre et me nourrir, je dus me résoudre à voler. Ce n’était pas facile. Chaque soir, je m’endormais tenaillé par la faim et le froid. Les rares jours où je mangeais à ma faim étaient un luxe, et livré à moi-même, je devais constamment me défendre contre les truands et les brigands de grand chemin.

 

Le temps s’écoula vite, mais ma soif de vengeance primait sur tout. Pendant plus d’un an, je cherchai la moindre piste sur l’homme au tatouage. En vain. Le peu d’argent que je gagnais passait dans l’achat d’informations qui s’avéraient toujours creuses.

 

Un jour, dans un village, on me parla d’une cité située non loin de là. Une ville vibrante, animée, ultra-moderne, où n’importe qui pouvait faire fortune. Mais on disait aussi qu’elle cachait une immense part d’ombre. Son nom : Malbour, la cité des miracles.

 

Il me fallut une longue journée de marche avant de l’atteindre. Au bout du périple, elle se dressa enfin devant moi. Une immense porte fortifiée, gardée par des sentinelles. On murmurait qu’on pouvait y entrer sans papiers, ce qui me rassura.

 

À peine eus-je franchi l’enceinte que je fus frappé par la splendeur des bâtisses. L’architecture et les décorations des bâtiments étaient incroyables. Partout, des mouvements de foule impressionnants témoignaient de la densité de la ville. Mon cœur se serra d’espoir : ici, je savais que je pourrais accumuler de l’argent et débusquer l’homme au tatouage de dragon.

 

Je m’installais donc à Malbour. Mais malgré son surnom de « cité des miracles », je découvris rapidement à quel point le système de castes y était ancré. Ici, les pauvres étaient abandonnés à leur sort, livrés à la faim et condamnés à dormir sur le pavé. Un jour, en me promenant, je vis un noble piétiner sauvagement un mendiant qui l’avait simplement bousculé. L’homme se tordait de douleur par terre. Pourtant, tout au fond de moi, je ne ressentis aucune pitié. Je me dis que c’était normal. Tout simplement parce que, dans ce monde, le fort écrase le faible. Si j’avais été plus fort, mes parents ne seraient pas morts et je n’aurais pas enduré tout cela. J’avais été faible. Alors aujourd’hui, si le fort décidait d’écraser le faible, c’était sans doute parce que le faible n’avait pas su devenir fort.

 



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